lundi 30 avril 2012

Les Ajummas Coréennes

Tout blog sur la Corée qui se respecte se doit d'avoir au moins un article sur les ajummas Coréenne.
A l'origine, le mot Coréen Ajumma signifie en gros "femme mariée", rien de péjoratif donc, mais la signification actuelle du terme a un peu bougé. En effet, ça serait l'insulte suprême d'appeler "Ajumma" une femme de moins de 40 ans, même si elle est mariée.
Pour simplifier, on pourrait dire qu'une Ajumma est une femme Coréenne qui a dépassé la quarantaine, mais ça serait réducteur. L'Ajumma c'est plus que ça, c'est un style, des comportements, un mode de vie, une culture ! Notons qu'avec la nouvelle génération qui arrive, les Ajummas sont peut-être en voie de disparition, et c'est donc pour ça qu'il faut parler d'elles et militer pour la sauvegarde des Ajummas.

Mais commençons par le commencement : Comment reconnait-on une Ajumma ?
Ce n'est pas très compliqué, en général les jeunes femmes Coréennes sont belles, fines, élégantes, maquillage discret, long cheveux soyeux, et surtout elles sont bénies par cette jeunesse éternelle typiquement Asiatique qui fait qu'elle font très jeune pendant très longtemps.
Seulement voilà, en général quelques années après la naissance des enfants, un processus invisible et mystérieux s'opère et transforme notre jolie Coréenne en une surpuissante Ajumma : c'est l'Ajumma-isation.
Le changement est radical. Il est physique, vestimentaire et comportemental.

Physiquement, fini les cheveux long, on coupe court, on permanente et éventuellement, on fait une couleur. Les cheveux sont un signe qui ne trompent pas pour repérer une Ajumma. C'est généralement sous la pression de ses amies déjà devenues Ajummas qu'une Coréenne optera à son tour pour la métamorphose.

Le style vestimentaire est unique : Il y a tout d'abord la casquette de l'Ajumma. Un accessoire indispensable et tendance qui sert à protéger l'ajumma des rayons du soleil, et qui peut éventuellement servir à décapiter quelqu'un ou à lui crever les yeux s'il était trop près de l'ajumma lorsqu'elle s'est retournée.

L'engin une fois équipé
Un peu comme pour les parapluies, pour les casquettes d'Ajumma, on trouve toutes les couleurs et toutes les matières et les surprises ne sont pas toujours bonnes. Précisons que cet accessoire doit être porté en permanence, été comme hiver, à l'intérieur comme à l'extérieur. La casquette interstellaire des ajummas les protège aussi de la lumière des néons dans le métro.
Autre accessoire très important dans la garde robe d'une ajumma, le manteau d'alpinisme ! Qu'il soit rose fluo, vert pomme, noir, ou orange flashy, cet accessoire est absolument indispensable et là encore, on peut le porter quelque soit la météo. Précisons tout de même que la Corée est un pays assez montagneux et que la marche et l'alpinisme y sont populaires, y compris pour les ajummas qui en plus de faire de l'aérobic en groupe dans les parcs de Séoul, s'adonnent aussi à la marche à pied.
C'est toujours impressionnant de le métro de Séoul le week-end quand on tombe nez à nez avec une armada d'ajummas habillées comme des guides de montagnes professionnelles avec les bâtons, les crampons, la gourde, et le sac à dos.

Dans le métro elles sont d'ailleurs la terreur des passagers, elles se ruent dans les wagons en piétinant poussant toute personne qui aura le malheur de se trouver entre elles et le siège qui leur est du de part leur grand âge (au moins 40 ans, pfiou). Un ajumma détruira sans ménagement tout obstacle entre elle et son objectif. Elle parfois même jeter son sac à dos sur le fauteuil pour faire comprendre que cette place est pour elle, et il serait extrêmement risqué de ne pas se lever alors qu'une ajumma te fonce dessus, avec un air mauvais, parce qu'elle en a après ton siège. Si vous cédez votre siège à une Ajumma, de gré ou de force, ne vous attendez pas à un remerciement, ça lui est du !
La seule tactique pour pouvoir s'asseoir dans le métro étant de monter en début de ligne, de mettre ses écouteurs et de faire semblant de dormir. C'est fourbe, mais après quelques semaines à observer et apprendre des Coréens, j'ai compris que c'était la seule parade.

Mais le métro n'est pas le seul endroit où la rencontre avec une Ajumma peut-être dangereuse. Un escalator par exemple peut se transformer en piège mortel si un groupe d'ajummas pressées arrive et commence à dévaler le truc à tout vitesse en poussant tout le monde sans ménagement.

Autre piège mortel, l'ajumma qui jette son dévolu sur vous, pauvre étranger, pour une raison quelconque et mystérieuse, par exemple elle est perdue dans le métro. Et vous DEVEZ l'aider, car vous êtes plus jeune qu'elle ! Si par malheur aucun Coréen au alentours ne vole à votre secours, vous êtes très mal, car Ajumma ne parle que Coréen très très vite, et vous êtes incapable de l'aider. Elle risque donc de vous crier dessus en Coréen, voir de vous poursuivre en essayant de vous tuer avec ses bâtons de ski.
Autre cas d'école, une ajumma pressée dans la rue qui va se jeter pour traverser la rue, malgré le feu rouge piéton ! Et bien elle, elle peut le faire, même que les bus et les taxis ne vont pas l'écraser. Par contre, vous qui n'êtes pas une ajumma, je vous déconseille d'essayer, c'est la mort assurée. Mais l'ajumma a une telle aura, qu'elle ne connait aucune limite et n'a besoin de respecter aucune règle !
Dernier cas de figure, vous êtes avec une Coréenne dans un lieu public quelconque et une Ajumma approchant le stade du dragon millénaire vous regarde d'un sale oeil depuis au moins 10 minutes. Surtout ne la regardez pas dans les yeux, ça pourrait provoquer une attaque du fauve sur vous ou sur votre accompagnatrice.
Cependant rassurez-vous, ça n'a rien de personnel, Ajumma peut aussi attaquer des Coréens. Une amie de Frédéric lui a raconté comment un groupe d'ajummas l'avait attaquée pour une raison inconnue.

On pourrait se demander pourquoi ce comportement. Et bien ce n'est pas si compliqué. Nos vénérables ajummas font partie d'une génération qui en a pas mal bavé pour pouvoir faire sortir la Corée de la mouise après la guerre. Étant jeune Ajumma a travaillé à l'école au moins aussi dur que ses collègues hommes, puis elle a fait 3 ou 4 ans de vie professionnelle avant de s'arrêter pour s'occuper des enfants, de la maison, de ses parents (voir aussi de ceux de son mari), le tout en continuant de reconstruire la Corée. Bref, elle en a chié ! Et donc, arrivée à la quarantaine ou à la cinquantaine, une fois que les enfants sont en bonne voie pour réussir leur vie, que les années de travail à la Coréenne ont épuisé monsieur et qu'elle a plus ou moins réussi à enterrer parents et beaux-parents, la métamorphose en ajumma s'opère et elle peut enfin prendre sa revanche sur le monde ! En Corée, on parle parfois du "troisième sexe", lorsqu'on évoque les ajummas, c'est dire l'importance du phénomène.
Ca parait caricatural, mais pour l'actuelle génération d'ajummas, c'est encore très vrai. Maintenant les choses bougent très vite et c'est pour ça que j'ai dit en introduction qu'il n'était pas certain que le phénomène des ajummas survive à la nouvelle génération.

Mais tout n'est pas noir avec les ajummas ! Par exemple, les ajummas qui tiennent un restaurant ou un hasuk-jib (sorte de mixte entre pension et chambre d'hôte) sont souvent très attentionnées, et surtout des cuisinières hors pairs ! N'étant pas en hasuk-jib, et notre proprio étant un monsieur, ni Fred, ni moi n'avons eu l'occasion d'expérimenter l'ajumma "seconde mère" qui vous chouchoute et tout. Mais il y a pas mal de témoignages sur d'autres blogs.

PS : les vidéos et photos ne sont pas de nous. On ose pas trop les prendre en photo en vrai pour ne pas provoquer une attaque d'ajumma.

2 commentaires:

  1. C'est clair!Moi non plus je n'ai jamais osé, elles me font trop peur!!
    http://fortuitudes.wordpress.com/2012/10/19/ajumma-la-terreur-coreenne/

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  2. Super article, j'aime vraiment t'as façons de rédiger des textes, c'est drôle et instructif. ^^

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